Un drame horrifique qui rappelle Jane Eyre de Charlotte Brontë, une bonne dose d’anticolonialisme et de gothique en plus.
Horreur gothique | 2025 | 89′ | Nouvelle-Zélande
Horreur gothique | 2025 | 89′ | Nouvelle-Zélande
Dans les landes désolées du Yorkshire du Nord en 1859 à l’époque de l’Angleterre victorienne, Mary Stevens, une femme māorie en quête de vérité sur ses origines, rejoint le manoir Hawkser. Entre les couloirs lugubres, apparaissent alors d’ancestrales visions qui révèlent peu à peu un mystère terrifiant.
Taratoa Stappard
Sharlene George
Ricky-Lee Russell-Waipuka
Rouzie Hassanova
Jill Macnab
Phil Bremner
Gal Greenspan
Victoria Dabbs
Ariāna Osborne
Toby Stephens
Umi Myers
Erroll Shand
Evelyn Towersey
Gin Loane
Inspiré par l’histoire d’Aotearoa, la Nouvelle-Zélande, autant que par l’histoire familiale de son réalisateur Taratoa Stappard, MĀRAMA s’attaque à la question des violences coloniales à travers le prisme de l’horreur gothique. Pour son premier long métrage, le réalisateur néo-zélandais livre une œuvre d’une richesse visuelle saisissante, doublée d’une charge virulente contre les horreurs de l’appropriation culturelle. MĀRAMA exprime de la plus belle des manières la colère profonde du peuple māori, dépossédé de sa culture par des occidentaux à l’avidité abyssale. Un coup d’essai ? Non : un coup de maître.
Avec une scène de haka absolument grandiose, l’actrice Ariāna Osborne nous fait ressentir toute la fierté et la colère d’un peuple volé, violé, dans son intimité par des hommes avides d’aventures, de richesses et de territoires, pensant à tort que tout leur appartient, qu’ils peuvent tout s’approprier par la force.
Le monde que Stappard donne à voir est d’une grande richesse visuelle, avec son architecture saisissante, ses somptueux costumes d’époque, ses ombres d’encre et ses rouges profonds, presque sanglants. Il rappelle avec force ce que l’horreur gothique fait de mieux : révéler ce qui a été refoulé, oublié mais jamais réduit au silence, et qui exige d’être enfin mis en lumière.
On pourrait identifier une tendance qui travaille l’Histoire à travers le corps des femmes. Des magnifiques THE NIGHTINGALE de Jennifer Kent et LES ÉCHOS DU PASSÉ de Mascha Schilinski à ce passionnant MĀRAMA, se déploient des récits brûlants, engagés, où des femmes anonymes, sans destin, cicatrisent les traumas de leur temps.
Doté d’une belle photographie soignée qui sublime le jeu des acteurs et nous transporte dans des paysages naturels vertigineux, ce récit horrifique puissant dénonce des vérités dérangeantes, et s’inscrit parmi les films de premier plan d’un cinéma maori, rare, mais qui fait mouche à chaque fois.
Ariāna Osborne, dans le rôle principal, est une révélation. Sa transformation au fil du film, de femme contrainte par les codes de l’Angleterre victorienne à guerrière pleinement habitée par son identité maorie, se lit jusque dans sa robe rouge qui, de dîner en combat, devient une armure.
Avec son ambiance gothique, ce premier film du néo-zélandais Taratoa Stappard impressionne d’abord par ses clairs obscurs profonds semblant tout droit sortis d’un tableau de Georges de la Tour. Mais ce vernis craquelle sous la violence sourde et pourrisante de l’appropriation culturelle et de l’horreur coloniale.
Matthieu de FAUCAL
matthieu.defaucal@gmail.com
Anne-Lise KONTZ
anne-lise@n66.fr